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Friday, April 26, 2013


Suède: Un islam intégré et accepté?
by Elvire Michel
from Europa, #36 Spring 2013
http://www.journaleuropa.info/Formats/Articles/un-islam-integre-et-accepte

Fortement attachée aux valeurs de tolérance et de protection des minorités, la Suède encourage fortement l'immigration, notamment celle de réfugiés politiques originaires du Moyen-Orient. Le territoire suédois aux allures paradisiaques pour ces peuples est pourtant loin d'être idyllique. Malmö en particulier souffre d'une sinistre réputation dans le reste du pays.
Malmö, ville dynamique située à l'extrême sud de la Suède, dispose d'une population de 50,000 musulmans pour 300,000 habitants. Le quartier de Rosengard, majoritairement peuplé par des immigrés musulmans, a été sujet à de violentes émeutes et protestations en 2008, suite aux prises de parti dans le conflit Israëlo-Palestinien, et suite à la possible fermeture du Centre islamique culturel, utilisé comme lieu de prière. Les médias et les mouvements politiques extrêmistes exploitent ce contexte pour propager un discours islamophobe.


Une simplification dangereuse
Spyros Sofos, professeur de sciences politiques à Lund1, dénonce l'image caricaturale renvoyée par les médias: “Pour CBN News et FoxTV, Rosengard est une zone de non-loi assiégée par les musulmans. Cette affabulation profite aux mouvements politiques d'extrême droite.” La Suède est majoritairement gouvernée par une alliance de partis de centre-droite, avec à sa tête le premier ministre Fredrik Reinfeldt du parti desModérés. Cependant, les Suédois Démocrates, parti qui défend une politique d'anti-immigration, ont fait leur première entrée au parlement en 2010, en obtenant 5, 7% des voix.

En conséquence, le fossé se creuse entre musulmans et non-musulmans et les préjugés prolifèrent: “Je ne renie pas l'existence du radicalisme, mais il est aberrant de classer les musulmans dans un bloc uniforme”, explique Spyros Sofos. A Malmö, les musulmans venus d'Iran, du Liban, de Somalie ou encore du Pakistan pour en citer une infime frange pratiquent leur religion de façon disparate: solide, plus séculaire, ou parfois même inexistante.

Le supposé archaisme de l'Islam menacerait la liberté et l'égalité des sexes de la société suédoise, pourtant il se modernise: à Uppsala, ville du nord, les femmes réclament le droit de conduire les prières et l'association sans alcool, Temperance Project, rassemble chrétiens et musulmans. Concernant le voile, Spyros Sofos soutient que les musulmanes le portent pour “affirmer leur identité et leur personnalité.”

Au-delà de clichés
Les préceptes du Coran sont aussi sujets aux malentendus et aux interprétations hâtives. Selon Raid Amin, président de l'association musulmane étudiante Alhambra2, “aucune traduction n'est capable de retranscrire précisément le Coran. L'Arabe est une langue pénétrante et pleine de sens caché.” Raid Amin organise des conférences et discussions ouvertes à tous, musulmans et non-musulmans : “Je prône un dialogue authentique afin de surpasser les tabous et les clichés concernant l'Islam. La société doit créer un pont qui relie les différentes cultures de Malmö afin qu'on ne tombe pas la tête la première dans l'eau”. Pour Spyros Sofos, la solution réside dans une éducation plus juste et innovante avec la création d'écoles mixtes qui enseigneraient les valeurs séculaires, mais aussi l'histoire de toutes les religions, “les écoles musulmanes accentuent la fracture des populations”.

Spyros Sofos ajoute : « Etre Européen au XIIème siècle signifiait être chrétien et les musulmans qui approchaient le continent étaient perçus comme des barbares. Dans notre société pourtant séculaire cette idée persiste et nous conservons ces réminiscences du passé. On oublie pourtant que les musulmans nous ont aussi transmis la richesse de notre culture actuelle ».



1 Lire l'interview intégrale faite à Spyros Sofos , professeur de sciences politiques à Lund.
2 Lire l'interview intégrale faite à Raid Amin , président de l'association musulmane étudiante Alhambra.

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